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Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre Au lecteur, partie 1) La sottise, l’erreur, le péché, la lésine, Occupent nos esprits et travaillent nos corps, Et nous alimentons nos aimables remords, Comme les mendiants nourrissent leur vermine. Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ; Nous nou...
Alors, on entre dans le poème, et donc dans le recueil lui-même, par une étrange énumération des faiblesses humaines. Étrange d'abord parce que ici le péché n’est en fait qu’une catégorie de défauts parmi d’autres. Et donc ce n'est pas seulement nos fautes qui sont visées par Baudelaire, mais bien toute la variété du t...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre Au lecteur, partie 2) Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste Qui berce longuement notre esprit enchanté, Et le riche métal de notre volonté Est tout vaporisé par ce savant chimiste. C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent ! Aux objets répu...
On entre maintenant dans le cœur du poème, notamment avec les compléments circonstanciels : « sur l’oreiller du mal » devient « vers l’Enfer » et enfin « à travers des ténèbres ». Et tout ça de manière très progressive : « longuement » ou encore « d’un pas » vous sentez comment ils oscillent entre une valeur de manière...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre Au lecteur, partie 3) Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange Le sein martyrisé d’une antique catin, Nous volons au passage un plaisir clandestin Que nous pressons bien fort comme une vieille orange. Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes, ...
Dans ce troisième mouvement, l’image de la nature humaine s’est encore dégradée : le mendiant est maintenant un « débauché pauvre ». Qu'on ne peut même pas plaindre, avec l'adjectif postposé, ce n’est pas un « pauvre débauché ». Il n'est donc plus victime, il est coupable : il ne mendie plus, il prend un plaisir clande...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre Au lecteur, partie 4) Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants, Dans la ménagerie infâme de nos vices, Il en est un plus laid, plus méchan...
On a un peu l’impression maintenant de d’assister à la présentation d’un numéro de cirque : le ton est très oral, avec cette phrase très longue, qui déborde du quatrain, l'exclamation, le présentatif, le triple superlatif qui monte en puissance « plus laid, plus méchant, plus immonde ». C'est vraiment un moment de basc...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre À une passante, partie 1) La rue assourdissante autour de moi hurlait. Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, Une femme passa, d'une main fastueuse Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ; Agile et noble, avec sa jambe de statue.
C’est un sonnet canonique : deux quatrains, deux tercets, qui font en tout 14 vers. Les rimes féminines sont celles qui se terminent avec un -e muet. D’abord les rimes masculines embrassent les rimes féminines, puis c’est l’inverse… Cela évoque bien la rencontre entre deux personnages, et en même temps, un basculement ...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre À une passante, partie 2) Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan, La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
L’image de l’ouragan n’est pas anodine, on se souvient, dans l’Albatros, que « le poète hante la tempête », ce lieu tourmenté d’où il tire la matière de son art. Mais ici Baudelaire parle d’un « ciel livide » c'est-à-dire très pâle. C’est une métaphore : l'œil est comparable à un ciel vide et calme, et leur point commu...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre Correspondances , partie 1) La Nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L'homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l'observent avec des regards familiers.
Dès les premiers vers, on voit que le poème va traiter de thèmes philosophiques. Tous les verbes sont au présent de vérité générale : ce n’est pas une histoire ou une anecdote, mais bien un propos qui se veut universel. Le mot Nature a une majuscule, nous indiquant que c’est un concept général. « La Nature … l’homme » ...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre Correspondances , partie 2) Comme de longs échos qui de loin se confondent Dans une ténébreuse et profonde unité, Vaste comme la nuit et comme la clarté, Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
C’est une définition poétique d’une figure de style qui s’appelle la synesthésie : l’association entre des perceptions différentes : la vue et l’ouïe, le parfum et le toucher, le goût, etc. Vous allez voir que ce poème est très riche en synesthésies. Par exemple ici « les échos » sont « longs et ténébreux » des élément...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre Correspondances , partie 3) Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants, Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, — Et d'autres, corrompus, riches et triomphants, Ayant l'expansion des choses infinies,
Ce premier tercet commence avec une tournure impersonnelle où le verbe être signifie « il existe » c’est un sens philosophique. On peut même dire ontologique : il révèle une réflexion sur l’être et l’existence. Après avoir exposé son propos principal : les parfums, les couleurs et les sons se répondent, le poète va énu...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre Correspondances , partie 4) Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens, Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.
On est partis d’une expression très générale, imprécise, les « choses infinies » pour arriver maintenant à des parfums spécifiques, très précis : « l’ambre, le musc, le benjoin, et l’encens » : c’est cela qui constitue la pointe du sonnet, un mouvement du général au particulier. Les perceptions les plus singulières dép...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, chapitre Correspondances, Tout le poème) La Nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles ; L'homme y passe à travers des forêts de symboles Qui l'observent avec des regards familiers. Comme de longs échos qui de loin se conf...
Dans ce poème, Baudelaire aborde directement un sujet philosophique : le rapport que l'homme entretient avec le monde. À travers le regard de l'artiste, la Nature est esthétisée : elle devient comme une architecture ou une œuvre d'art. Des jeux de mouvement vont donc révéler un dialogue entre le poète et l'univers qui ...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, À une passante, Tout le poème) La rue assourdissante autour de moi hurlait. Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, Une femme passa, d’une main fastueuse Soulevant, balançant le feston et l’ourlet; Agile et noble, avec sa jambe de statue. Moi, je buvais,...
Dans ce sonnet, Baudelaire met en scène une apparition fugitive, dans un cadre urbain, avec des effets inspirés par la photographie ou par des dessinateurs comme Constantin Guys, que Baudelaire appelle « peintres de la vie moderne ». La sensualité de cette apparition transporte le poète, qui se sent renaître : l’espace...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Élévation, partie 1) Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées, Des montagnes, des bois, des nuages, des mers, Par delà le soleil, par delà les éthers, Par delà les confins des sphères étoilées,
D’abord, il faut dire que ce poème est composé d’alexandrins répartis en 5 quatrains. Les rimes sont embrassées. Je vous propose de regarder avec moi les rimes masculines et féminines. Petit rappel : les rimes féminines sont celles qui se terminent par un -e muet, les rimes masculines sont toutes les autres. Dans notre...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Élévation, partie 2) Mon esprit, tu te meus avec agilité, Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde, Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde Avec une indicible et mâle volupté.
« Tu te meus avec agilité » C’est le verbe mouvoir. C’est donc le moment de mise en mouvement du poème. La présence du mot « esprit » confirme bien la dimension spirituelle de ce sonnet. C’est une apostrophe : le poète s’adresse directement à son esprit, en utilisant la deuxième personne du singulier. Ce mouvement comm...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Élévation, partie 3) Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides; Va te purifier dans l'air supérieur, Et bois, comme une pure et divine liqueur, Le feu clair qui remplit les espaces limpides
Ce quatrain est structuré avec trois impératifs : « Envole-toi … Va te purifier … bois » Le poète s’adresse directement à son esprit. Personnifié en nageur, il devient maintenant capable de voler dans le ciel et d’en boire le contenu, comme s’il était devenu liquide. Cette continuité entre la mer et le ciel contribue a...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Élévation, partie 5) Celui dont les pensers, comme des alouettes, Vers les cieux le matin prennent un libre essor, — Qui plane sur la vie, et comprend sans effort Le langage des fleurs et des choses muettes !
Ce quatrain est un développement du quatrain précédent. Regardez : on y retrouve la structure de la béatitude enrichie d’éléments nouveaux : « Heureux celui qui » . Cette logique de déploiement illustre bien le travail du poète, dont l’inspiration est sans cesse renouvelée. On retrouve l’idée d’une expansion infinie pa...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Élévation, Tout le poème) Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées, Des montagnes, des bois, des nuages, des mers, Par delà le soleil, par delà les éthers, Par delà les confins des sphères étoilées, Mon esprit, tu te meus avec agilité, Et, comme un bon nageur qui...
Le poème Élévation se situe du côté de l'idéal, il exprime une recherche d'harmonie. Le mouvement d'élévation est un mouvement d'éloignement des trivialités ordinaires. En même temps, il annonce une réflexion spirituelle, avec un mouvement de la terre au ciel, et du particulier au général. Une réflexion philosophique e...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Hymne à la Beauté, partie 1) Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme, Ô Beauté ? Ton regard, infernal et divin, Verse confusément le bienfait et le crime, Et l’on peut pour cela te comparer au vin.
Le poète s'adresse à la beauté directement : « Ô Beauté » avec le Ô vocatif qui permet de faire une apostrophe émotive. En même temps, il multiplie la deuxième personne du singulier « viens-tu … sors-tu … Ton regard … te comparer ». Le poème devient alors comme un discours direct : un discours rapporté sans modificatio...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Hymne à la Beauté, partie 3) Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ? Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ; Tu sèmes au hasard la joie et les désastres, Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien. Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te m...
La question du début est reprise, mais regardez, on part du deuxième verbe. C'est un véritable spectacle : la beauté descend, comme un deus ex machina (un personnage divin qui vient dénouer l'intrigue), puis elle marche sur une scène qui semble constituée d'ossements, et enfin, elle danse. Tout se passe comme si le poè...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Hymne à la Beauté, partie 4) L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle, Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau ! L’amoureux pantelant incliné sur sa belle A l’air d’un moribond caressant son tombeau.
L'éphémère, c'est le nom qu'on donne à un papillon de nuit, qui a une vie très courte : il devient donc un symbole à part entière, pour désigner ce qui passe et ne dure pas. Cela rejoint directement la thématique de la vanité, et la mélancolie qu'on rencontre habituellement dans le genre de l'élégie. Face à la vie éphé...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Hymne à la Beauté, partie 5) Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe, Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu ! Si ton œil, ton souris, ton pied, m’ouvrent la porte D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ? De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou...
Les antithèses sont multipliées en cette fin de poème : « ciel / enfer … Satan / Dieu ». On trouve aussi des paradoxes : des associations d'idées qui choquent le sens commun « Beauté / Monstre … Effrayant / Ingénu » on rejoint presque l'oxymore ici : normalement, le monstre se trouve du côté de la laideur, et l'ingénui...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’Albatros, partie 1) Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers.
Le premier verbe nous plonge directement dans le récit. Verbe d’action, au présent de narration, il est en plus séparé de son sujet « les hommes d’équipage » par un passage à la ligne. C’est ce qu’on appelle un enjambement : la phrase est terminée sur le vers suivant. C’est une véritable mise en scène où le lecteur déc...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’Albatros, partie 2) À peine les ont-ils déposés sur les planches, Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d'eux.
L’action rapide du début du quatrain est accélérée avec un épitrochasme : une accumulation de mots très courts : « À peine les ont-ils déposés sur les planches ». Ensuite, au contraire, le rythme est ralenti pour illustrer l’embarras, la démarche traînante des oiseaux : c’est une longue phrase, avec très peu de ponctua...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’Albatros, partie 3) Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid ! L'un agace son bec avec un brûle-gueule, L'autre mime en boitant, l'infirme qui volait !
On passe de la tragédie à la comédie : le mime qui boite nous donne à voir un lazzi de la Commedia dell’Arte. Cette démarche boiteuse du mime ou de l’albatros est rendue par des adjectifs groupés par deux « maladroits et honteux », « gauche et veule », « comique et laid ». L’albatros au centre de la scène est comme mon...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’Albatros, Tout le poème) Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers. A peine les ont-ils déposés sur les planches, Que ces roi...
Dans ce poème, Baudelaire met en scène un spectacle cruel qui emprunte à la tragédie et à la comédie. Il renouvelle la poésie avec des images originales et personnelles : le vol majestueux de l’albatros contraste avec son exil sur les planches. La cruauté des marins suscite l’empathie du lecteur qui prend partie pour l...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, La vie antérieure, partie 1) J'ai longtemps habité sous de vastes portiques Que les soleils marins teignaient de mille feux Et que leurs grands piliers, droits et majestueux, Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.
L'endroit où le poète habite, c'est un véritable monde : on y trouve les quatre éléments, l'air (représenté par les ouvrages sculptés en creux), le feu (très directement), la terre (à travers les grottes et la préposition « sous »), et l'eau (à travers l'adjectif « marin »). Dans ce poème, les correspondances participe...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, La vie antérieure, partie 2) Les houles, en roulant les images des cieux, Mêlaient d'une façon solennelle et mystique Les tout-puissants accords de leur riche musique Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.
ci, « Les houles » sont personnifiées par les verbes. Un peu comme des peintres, elles roulent des images et elles mêlent les couleurs. Comme un musicien, elles jouent des accords. Ce sont même des accords tout-puissants, qui semblent recréer la réalité elle-même : ces houles sont comme des divinités. Par la création, ...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, La vie antérieure, partie 3) C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes, Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs, Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes, Et dont l'unique soin était d'approfondir Le...
Le premier verbe des tercets semble reprendre le début : « j’ai vécu » remplace le verbe initial « j’ai habité ». Le changement est significatif : le temps s’est étiré au point de couvrir une vie entière, voire même, plusieurs vies. L’aspect révolu du passé composé nous fait comprendre que cette vie est terminée : le p...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Le flacon, partie 1) Il est de forts parfums pour qui toute matière Est poreuse. On dirait qu'ils pénètrent le verre. En ouvrant un coffret venu de l'Orient Dont la serrure grince et rechigne en criant, Ou dans une maison déserte quelque armoire Pleine de l'âcre ode...
Baudelaire annonce tout de suite la dimension générale (presque philosophique) de son poème, avec le verbe être, à la forme impersonnelle : la troisième personne du singulier ne renvoie à rien. C’est en plus un présent de vérité générale, pour une action vraie en tout temps. L’alternative est intéressante : dans un cof...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Le flacon, partie 2) Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres, Frémissant doucement dans les lourdes ténèbres, Qui dégagent leur aile et prennent leur essor, Teintés d'azur, glacés de rose, lamés d'or.
On commence avec une métaphore : « les pensers » sont comparés à des « chrysalides » : elles sont endormies et vraisemblablement enfermées dans l’armoire, mais elles vont se libérer comme des papillons et devenir vivantes. « Mille » : c’est une hyperbole, une figure d’exagération, les pensées sont nombreuses. Baudelair...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Le flacon, partie 3) Voilà le souvenir enivrant qui voltige Dans l'air troublé ; les yeux se ferment ; le Vertige Saisit l'âme vaincue et la pousse à deux mains Vers un gouffre obscurci de miasmes humains ; Il la terrasse au bord d'un gouffre séculaire, Où, Lazare o...
Le « souvenir » est « enivrant » : ce qui n’était qu’un parfum devient presque une boisson. « L’air » est « troublé », c’est normalement l’eau qui est troublée : l’atmosphère devient de plus en épaisse, liquide. Chez Baudelaire, ces métamorphoses annoncent l’arrivée du Spleen. « Les yeux se ferment » : l’article est dé...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Le flacon, partie 4) Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire Des hommes, dans le coin d'une sinistre armoire Quand on m'aura jeté, vieux flacon désolé, Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé, Je serai ton cercueil, aimable pestilence ! Le témoin de ta ...
Les deux quatrains commencent avec le verbe être à la première personne. Et le futur apparaît pour la première fois. Malgré le fait d’être perdu, le poète continue d’être quelque chose dans cet avenir. L’enjambement rejette « des hommes » en tête de vers : c’est une précision : les « hommes » s’opposent aux « anges ». ...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’horloge, partie 1) Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible, Dont le doigt nous menace et nous dit : « Souviens-toi ! Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Le premier mot du poème, c’est son titre : le symbole de l’horloge sera central, avec le point d’exclamation : c’est un langage qui touche à la fois l’évocation magique et l’émotion. Mais tout de suite, avec le deuxième mot, on entre dans le paradoxe (une idée qui choque le sens commun) l’objet est considéré comme un d...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’horloge, partie 2) Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ; Chaque instant te dévore un morceau du délice À chaque homme accordé pour toute sa saison.
La « Sylphide » vient certainement du latin sylva, la forêt, qui donne aussi son nom aux Sylphes (génies des mythologies scandinaves). On y ajoute le suffixe -ide féminin au 17e siècle : c’est donc déjà une construction composite qui hérite de cultures variées. Un autre personnage mythologique bien connu, qui disparaît...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’horloge, partie 3) Trois mille six cents fois par heure, la Seconde Chuchote : Souviens-toi ! — Rapide, avec sa voix D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois, Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !
« Trois mille six cents fois » c’est rare d’avoir un nombre précis dans un poème. Ici, il occupe tout un hémistiche, et il semble marteler chaque mot, avec le -e muet qui forme une syllabe. C’est un épitrochasme : une accumulation de mots très courts, comme si la diction imitait le passage des secondes, c’est un effet ...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’horloge, partie 4) Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor ! (Mon gosier de métal parle toutes les langues.) Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !
L’adage « souviens-toi » rappelle donc à la fois la mort à venir, et la vie passée, les instants qui sont déjà morts ». Dans ce passage, Baudelaire renouvelle les thèmes traditionnels de la mélancolie et de la nostalgie. Avec sa majuscule, la Seconde est explicitement une allégorie, la comparaison avec un insecte est i...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’horloge, partie 5) Souviens-toi que le Temps est un joueur avide Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi. Le jour décroît ; la nuit augmente ; souviens-toi ! Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.
On retrouve le leitmotiv « souviens-toi » qui revient de façon plus rapprochée. La rime en OI est régulière à travers tout le poème, la dernière reprend précisément la première, créant un effet de boucle : la fin était programmée dès le début. On commence avec une métaphore : le Temps est comparé à un joueur : il est a...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’horloge, partie 7) Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard, Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge, Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !), Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !
Le Temps joueur laisse place maintenant au « divin Hasard ». La « loi » universelle qui permet au joueur de toujours gagner sans tricher, c'est bien la volonté du Hasard. L'Allégorie prend sans cesse plus d'ampleur. Dans l'antiquité grecque la déesse du hasard s'appelle Tyché, Fortuna en latin, souvent représentée avec...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’invitation au voyage, partie 1) Mon enfant, ma sœur, Songe à la douceur D’aller là-bas vivre ensemble ! — Aimer à loisir, Aimer et mourir Au pays qui te ressemble ! Les soleils mouillés De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes Si mystérieux De tes t...
L’invitation au voyage est d’abord une invitation, qui se commence avec une apostrophe : « Mon enfant, ma sœur ». Ces deux mots précisent la pensée du poète. C’est une épanorthose : une reformulation qui permet de gagner en expressivité. L’âme sœur est un lien qui dépasse le lien du sang, hors du temps qui transcende l...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’invitation au voyage, partie 2) Des meubles luisants, Polis par les ans, Décoreraient notre chambre ; Les plus rares fleurs Mêlant leurs odeurs Aux vagues senteurs de l’ambre, Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait À l...
Le poète s’adresse toujours à la femme aimée, mais cette fois-ci à la première personne du pluriel « notre chambre » : on entre dans un univers de l’intimité. « Parlerait » forme une rime signifiante avec le mot « secret ». Au-delà de la personne aimée, le poète s’adresse à l’âme : sa poésie est à la fois un discours, ...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, L’invitation au voyage, partie 3) Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l’humeur est vagabonde ; C’est pour assouvir Ton moindre désir Qu’ils viennent du bout du monde. — Les soleils couchants Revêtent les champs, Les canaux, la ville entière, D’hyacinthe et...
Le premier sizain développe un ailleurs purement géographique, avec un embarquement progressif : les canaux, les vaisseaux, le bout du monde. C’est une gradation : des termes organisés de manière graduelle. Le deuxième sizain glisse de l’espace au temps lui-même. Le soleil couchant rappelle que la terre elle-même se dé...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Parfum exotique, partie 1) Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne, Je respire l'odeur de ton sein chaleureux, Je vois se dérouler des rivages heureux Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;
« Les deux yeux fermés / je vois » Cela peut sembler paradoxal ! En fait, Baudelaire veut nous montrer un paysage intérieur. Il insiste sur le verbe « voir » qui revient deux fois dans le poème, renforcé avec le son voi qui se trouve dans les « voiles ». Cette volonté de donner à voir une scène animée et frappante, c’e...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Parfum exotique, partie 2) Une île paresseuse où la nature donne Des arbres singuliers et des fruits savoureux ; Des hommes dont le corps est mince et vigoureux, Et des femmes dont l'œil par sa franchise étonne.
L’île paresseuse est toujours l’objet du verbe dérouler qui se trouve au-dessus. La personnification est prolongée, avec cet adjectif paresseuse. Le poète qui s’adressait directement à elle, se met alors à en faire une description. La synesthésie est elle aussi prolongée, car le sens du goût fait son apparition avec l’...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Parfum exotique, partie 3) Guidé par ton odeur vers de charmants climats, Je vois un port rempli de voiles et de mâts Encor tout fatigués par la vague marine,
Dans ce tercet, on retrouve la deuxième personne du singulier, qui met en place un dialogue entre le poète, et la personne mystérieuse qui lui inspire ce paysage. La personnification de l’île déteint sur celle des bateaux, qui sont fatigués par la vague marine, comme s’ils étaient vivants. Ce tercet contient deux parti...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Parfum exotique, partie 4) Pendant que le parfum des verts tamariniers, Qui circule dans l'air et m'enfle la narine, Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Pas de chute, pas de basculement, ce dernier tercet est tout entier un complément circonstanciel de temps. Baudelaire réalise là un petit poème tableau, comme une carte postale animée et parfumée. Le parfum est le sujet des verbes d’action « circuler … enfler », tandis que le poète est présent uniquement à travers la m...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Recueillement, partie 1) Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille. Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici : Une atmosphère obscure enveloppe la ville, Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Le poète (à la première personne) s’adresse à sa Douleur, à la deuxième personne du singulier. Le dialogue est déjà commencé : c’est une réponse à une réplique précédente « tu réclamais » : le discours narrativisé rapporte un discours avec un simple verbe de parole, sans transcrire le contenu. La douleur est un peu com...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Recueillement, partie 2) Pendant que des mortels la multitude vile, Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci, Va cueillir des remords dans la fête servile, Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,
Le poète s’adresse toujours directement à sa Douleur, à la deuxième personne du singulier et à l’impératif, mais cette fois, il s’en rapproche physiquement : « donne-moi la main ». Avec le déictique « ici », le poète l’invite à prendre place au plus proche de lui. Il lui demande sa main : ce n’est plus la sœur ou l’enf...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Recueillement, partie 3) Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années, Sur les balcons du ciel, en robes surannées ; Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;
On a ici un enjambement : une phrase est prolongée d’un vers à l’autre. Mais ici, il est carrément à cheval sur ce qu’on appelle la volta, le moment de basculement traditionnel en plein milieu d’un sonnet. « Loin d’eux » marque le moment où le poète s’isole, où il entre réellement dans le recueillement annoncé par le t...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Recueillement, partie 4) Le Soleil moribond s’endormir sous une arche, Et, comme un long linceul traînant à l’Orient, Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
Dans le dernier tercet, le Soleil et la Nuit s’opposent. La Nuit se lève à l’est : c’est normal, elle suit la course du soleil, mais on s’éloigne de l’image traditionnelle du char du soleil, au contraire c’est ici la Nuit qui marche. Avec le verbe traîner, elle semble surtout flotter dans les airs, comme un ange. Le So...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Spleen IV, partie 1) Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, Et que de l'horizon embrassant tout le cercle Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Contrairement à de nombreux poèmes des Fleurs du Mal, ce n’est pas un sonnet. 5 quatrains, avec des rimes croisées : c’est une forme bien adaptée à un récit qui progresse pas à pas. Les trois premiers quatrains sont des compléments circonstanciels de temps qui forment une anaphore rhétorique (la répétition d’un même te...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Spleen IV, partie 2) Quand la terre est changée en un cachot humide, Où l'Espérance, comme une chauve-souris, S'en va battant les murs de son aile timide Et se cognant la tête à des plafonds pourris;
Le ciel, puis la terre : c’est une progression du haut vers le bas qui nous est racontée étape par étape. On devine déjà que rien ne pourra arrêter ce mouvement descendant. La terre et le ciel, ce sont aussi les deux éléments opposés et complémentaires d’un tableau déprimant. En fait, ici la terre comprend certainement...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Spleen IV, partie 3) Quand la pluie étalant ses immenses traînées D'une vaste prison imite les barreaux, Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux
Après le ciel et la terre, la pluie prolonge le mouvement descendant qui semble aussi inévitable que la gravité. Mais on franchit une nouvelle étape dans l’allégorie : l’intériorisation, qui se poursuit jusqu’au cerveau. Le plafond du 2e quatrain est comme réduit au minimum, il devient simplement : « le fond ». Dans un...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Spleen IV, partie 3) Quand la pluie étalant ses immenses traînées D'une vaste prison imite les barreaux, Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux
Le poème bascule avec le connecteur temporel « tout à coup » qui marque une rupture avec les quatrains précédents. On passe maintenant à des verbes d’action particulièrement énergiques : « sauter … lancer » : c’est le moment de paroxysme du poème, qui met fin à la première phrase. Le ciel du premier quatrain semble sou...
Analyse ce passage : (Fleurs du mal de Baudelaire, Spleen IV, partie 5) Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir, Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Le tiret annonce typographiquement la fin du poème, comme une sorte d’épilogue, ou peut-être une épitaphe, puisque tout semble indiquer que le poète assiste à son propre enterrement. L’allitération en C crée un effet de parallélisme entre les corbillards et le crâne. D’ailleurs on peut parler de boîte crânienne. Toute ...
Analyse ce passage : (Les Amours Jaunes de Tristan Corbière, Le Crapaud, partie 1) Un chant dans une nuit sans air… – La lune plaque en métal clair Les découpures du vert sombre.
Le lyrisme, c’est la faculté du poète d’exprimer ses propres sentiments de manière musicale. On le trouve donc dès le premier mot, mais il est tout de suite contredit par la polysémie du mot « air », qui a plusieurs sens. Une nuit sans air, c’est une nuit étouffante, mais aussi une nuit sans musique. Le vers commence a...
Analyse ce passage : (Les Amours Jaunes de Tristan Corbière, Le Crapaud, partie 2) … Un chant ; comme un écho, tout vif Enterré, là, sous le massif… Ça se tait : Viens, c’est là, dans l’ombre…
C’est particulièrement visible dans ce tercet : les phrases sont coupées par des suspensions, des moments de pause avec de la ponctuation forte ou de simples virgules. C’est ce qu’on appelle des aposiopèses : des interruptions du discours. Elles sont accompagnée du verbe « taire ». Le poème est donc lui-même un chant d...
Analyse ce passage : (Les Amours Jaunes de Tristan Corbière, Le Crapaud, partie 3) Un crapaud ! – Pourquoi cette peur, Près de moi, ton soldat fidèle ! Vois-le, poète tondu, sans aile, Rossignol de la boue… – Horreur ! –
On trouve le mot « chant » en anaphore rhétorique au début de chaque strophe du sonnet, sauf ici, où on a un couac pour ainsi dire, au moment de l’apparition du crapaud. L’animal qui chante bien, traditionnellement, c’est le rossignol. Mais ici, c’est un rossignol de boue : c’est une antithèse qui oppose le ciel et la ...
Analyse ce passage : (Les Amours Jaunes de Tristan Corbière, Le Crapaud, partie 4) … Il chante. – Horreur !! – Horreur pourquoi ? Vois-tu pas son œil de lumière… Non : il s’en va, froid, sous sa pierre. Bonsoir – ce crapaud-là c’est moi.
Le poète tente encore de défendre le crapaud : « il chante », sous entendu : comme un poète. Mais chaque argument agrave la réaction de sa compagne qui répète « Horreur !! » avec deux points d’exclamation cette fois (c’est un cas particulièrement rare dans la littérature). Cette gradation qui traverse les deux quatrain...
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